- Composition
Composition
Pierre et marbre noir de Belgique (Mazy)
Signature et date sur la base ANDOLFATTO / 62 
 
30 x 10 x 6 cm

Natalino Andolfatto

(Pove del Grappa 1933 - )
  - Composition
Composition
Pierre et marbre noir de Belgique (Mazy)
Signature et date sur la base ANDOLFATTO / 62 
 
30 x 10 x 6 cm

Œuvres

Natalino Andolfatto - Incompiuta
Natalino Andolfatto - Teatrino
Natalino Andolfatto - Sans titre

Biographie

Natalino Andolfatto est né en 1933, un jour de Noël à Pove del Grappa, à proximité de Venise. Il aborde la sculpture dès l’âge de douze ans, en travaillant durant trois ans comme tailleur de pierre dans l’atelier d’Andreose, un sculpteur de Bassano del Grappa, ville proche de Possagno où était né Antonio Canova et où il avait commencé à tailler le marbre.
En 1951, à dix-huit ans, il part pour Paris. À partir de 1954, il suit les cours du soir de la rue Froment et, entre 1956 et 1960, il étudie la sculpture à l’École des Beaux-Arts, dans la classe de Jansesse.
À Paris, Natalino fait la connaissance de Carlo Sergio Signori, Massimo Campigli, César, Pierre Dmitrienko, GiIioIi, Jacques Lipchitz, Chana OrIoff, Geer Van Velde et bien d’autres. Mais, l’une des rencontres les plus marquantes restera celle faite à Montparnasse en 1960, lorsque la route de Natalino Andolfatto croise celle d’Ossip Zadkine. Une profonde amitié liera les deux hommes et Natalino travaillera de nombreuses années, comme assistant dans l’atelier du maître.
 
Dès les années 60, Natalino Andolfatto expose dans divers salons, comme le Salon de la Jeune Sculpture, le Salon Comparaison, le Salon des Grands et Jeunes d’Aujourd’hui ou encore le célèbre Salon des Réalités Nouvelles, auquel il participe jusque dans les années 80, siégeant même au comité de sélection des artistes.
En 1962, les sculptures d’Andolfatto sont présentées à la Galerie Hautefeuille, à Paris, au sein de sa première exposition de groupe « Art Construit ». Il fait alors la rencontre de la femme de lettres Danielle Collobert, sa future compagne, et de l’artiste belge Luc Peire, qui deviendra un ami très proche. En gage de leur amitié profonde et commune, les deux artistes s’échangeront une œuvre, ce qui explique la présence d’une sculpture de Natalino Andolfatto au sein de la Fondation Jenny & Luc Peire, à Knokke.
En 1965, il expose à la Biennale de Paris, au Musée d’Art Moderne. L’année suivante, a lieu sa première exposition personnelle à la galerie Lucien Durand à Paris, suivie en 1967 et 1970 par deux nouvelles expositions. La préface du catalogue est rédigée par le critique d’art et journaliste, Denys Chevalier ; aussi fondateur et président du Salon de la Jeune Sculpture, il est un des personnages clés de la vie et de la carrière d’Andolfatto.
En 1967, Natalino est invité pour la seconde fois à exposer à la Biennale de Paris ; le Musée d’Art Moderne fait alors l’acquisition d’une de ses sculptures, de même que trois ans plus tard, en 1970. Andolfatto est aussi choisi comme représentant de l’Italie pour le Colloque de Grenoble.
 
En 1968, il part pour la Tchécoslovaquie, où il est invité par différents artistes locaux à exposer, d’une part lors de la Biennale de Bratislava – au cours de laquelle il est décoré d’un prix –, d’autre part à deux colloques, celui de Vysni Fluzbachi et celui de Kosice, dont le musée acquiert une œuvre de Natalino.
Il reste en Tchécoslovaquie pendant quatre mois, en compagnie de Danielle Collobert, travaillant sur plusieurs importants projets de sculptures. 
 
Au début des années 1970, Natalino Andolfatto est pour la première fois soutenu par une galerie italienne, celle de Tino Ghelfi basée à Vicence. Il participe simultanément au Colloque de Sculpture, organisée par le Musée en Plein Air de Sénart.
Deux ans plus tard, il fait la rencontre de Bruno Lorenzelli ; débute alors une longue amitié qui conduit Natalino à exposer à de nombreuses reprises à la galerie Lorenzelli, au départ située à Bergame.
En 1973 et 1974, d’autres expositions de Natalino Andolfatto sont organisées en Italie, notamment à la galerie Quattro Venti de Palerme et à la galerie Stendhal de Milan.
En 1975, Andolfatto participe au 12e Concours International des Statues en Bronze à Padoue et gagne le premier prix. La même année, une exposition lui est consacrée à la galerie de France et du Benelux, à Bruxelles.
 
Malheureusement, en 1978, survient le drame de sa vie : la mort de sa compagne, Danielle Collobert. Marqué par un profond chagrin, Natalino retourne en Italie et se plonge activement dans le travail, aux côtés de son frère, Renato. Il conçoit alors une sculpture monumentale pour la collection Severi à Torre Maina, près de Maranello.
En 1979, deux expositions personnelles ont lieu, l’une à la Basilique palladienne de Vicence et l’autre à la galerie Lorenzelli de Bergame. En 1980, il crée une sculpture monumentale en acier pour la manufacture de Bassano et en 1982, il expose encore une fois à la galerie Stendhal de Milan, avant de s’envoler pour le Japon. À son retour en 1983, il épouse sa nouvelle compagne, Mirella.
 
Au cours de l’année 1984, deux expositions personnelles sont consacrées à Andolfatto, dans la ville de Milan ; la première à la galerie Stendhal et la seconde à la galerie Lorenzelli Arte. Sous l’impulsion de cette dernière, les œuvres de Natalino seront bientôt exposées dans les plus grandes foires d’art contemporain du monde, comme la FIAC, Art Cologne ou ARCO. Une fois présent dans l’écurie de Denise René, Andolfatto sera aussi régulièrement exposé à Art Basel.  Durant ces années, ses œuvres rentrent également dans les collections permanentes du CIMAC de Milan.
En 1986, alors qu’il réside depuis plusieurs années à Bassano, Andolfatto réalise en collaboration avec son frère une imposante sculpture en marbre grec pour la firme de Galbusera, dans la ville voisine d’Agrate.
En 1989 et 1990, Lorenzelli est le commissaire de trois expositions consacrées à Natalino Andolfatto au sein d’autres galeries : celle de Tino Ghelfi à Vicence, celle de Denise René à Paris et à la galerie Fioretto de Padoue.
Ces années marquent un véritable tournant dans la carrière de Natalino, qui a désormais la possibilité de développer son travail au maximum, grâce aux importantes commandes de collectionneurs privés. Retenons notamment les sculptures réalisées pour les Orian (1984), les Kaiser (1987), les Tomatis (1990) , les Gerolimetto (1990) et les Bello (1995).
Au début des années 90, Natalino Andolfatto se lie également d’amitié avec les frères Lucchetta, qui deviennent à leur tour d’importants collectionneurs et commandent une sculpture monumentale en marbre grec pour l’entreprise Euromobil de Maser (Trévise).
Mais dans l’enchainement de ces succès, la vie personnelle et professionnelle de Natalino Andolfatto est marquée par un nouveau bouleversement en 1994 : la mort de son bien-aimé frère et infatigable collaborateur, Renato.
 
À la fin des années 90, onze sculptures et deux dessins de Natalino Andolfatto, datant de 1960 à 1993, intègrent les collections permanentes du Musée d’Art Moderne d’Ostende, grâce à la collection Matossian. En 1999, deux expositions personnelles ont lieu à la galerie Estro de Padoue et la galerie Lorenzelli Arte de Milan.
Entre 2001 et 2002, la ville de Bassano del Grappa rend hommage au travail de Natalino Andollatto en lui dédiant une exposition exceptionnelle de grande envergure, au Chiostro del Museo et au Palazzo Agostinelli. À cette occasion est publiée une importante monographie écrite par Luciano Caramel, qui reste à ce jour la plus riche et la plus complète contribution à la compréhension du travail de l’artiste.
 
Natalino Andolfatto. La poésie silencieuse des formes pures
Au premier regard, la sculpture de Natalino Andolfatto frappe par la limpide rigueur de ses formes, par la quiétude de ses assemblages suspendus dans un déséquilibre parfaitement maîtrisé, par le poli de ses surfaces presque transparentes, conjugués à la netteté d’un langage basé sur une dialectique entre les vides et les pleins. Mais les œuvres créées par le sculpteur rappellent que son art doit s’apprécier dans sa tridimensionnalité, car c’est par la circumambulation qu’on s’aperçoit de la complexité des solutions plastiques proposées par Natalino.
Cette appréhension d’images multiples est le résultat d’un pur jeu formel d’emboîtement des volumes, de construction par ajouts successifs de différentes pierres, de recherche de stylisation et de conjugaison des lignes et des formes, inspirées généralement par la figure humaine, l’architecture ou la mécanique. Car, s’il y a une volonté claire de simplification et de géométrisation de la composition, héritée de la tradition cubiste, les propositions de Natalino sont toutefois empreintes d’une trace au référent visuel. Bien qu’il ait vécu dans la capitale de l’existentialisme et de l’informel, et qu’il fut fréquemment tenté par l’abstraction, Natalino Andolfatto n’y céda, en vérité, jamais complètement et reste attaché à la représentation stylisée d’images éprouvées dans le monde réel (1).
 
Pour qui entend comprendre la complexité et la multiplicité des images et des messages délivrés dans la sculpture de Natalino Andolfatto, les textes de Denys Chevalier sont d’une importance primordiale. Critique d’art et journaliste, proche de l’artiste, il fut le premier à déceler dans son travail une forme de poésie sous-jacente, calme et silencieuse.
Cette émotion présente en filigrane « reste affaire de résonnance intime » et ne se donne pas à voir de manière flagrante et ostentatoire. Pour accéder à la poésie dissimulée dans l’art d’Andolfatto, il faut l’appréhender sur le mode du symbole qu’il renferme en potentialité. Cette interprétation métaphorique proposée par Chevalier permettrait de voir dans les formes circulaires des « roues solaires, transposition d’un éternel retour, voire image d’un monde fini et clos » et dans la netteté abrupte des plans inclinés, ascendants ou descendants, des « figures de pulsions et d’élans » comme de chutes ou de déchéances.
Ces interprétations – réelles ou imaginées, présentes possiblement dans l’image conçue et sculptée par l’artiste –, loin de discréditer les qualités formelles et plastiques des œuvres, implantent, au contraire, plus profondément la forme dans la réalité de l’esprit (2).
 
Le dynamisme qui marque les premiers travaux d’Andolfatto laisse toutefois place, au tournant des années 2000, à des simulacres d’architectures stylisées, dans lesquels surgit quelques fois une tension sensible, convoquée par la combinaison contradictoire ou invraisemblable d’éléments, mais qui le plus souvent sont empreints d’un calme, comme suspendu dans le temps et l’espace.
Cependant, la plénitude de ses assemblages architectoniques – comme ses précédentes réalisations – occulte le drame dont ils ont été le théâtre et dans lequel l’homme, affrontant la matière, fit jaillir l’idée.  Natalino incarne, en effet, pleinement la figure mythique du sculpteur, qui allant au-devant des éléments, muni de son marteau et de son burin, taille le solide bloc de marbre. D’autant plus que l’artiste semble vouloir démontrer, de manière assumée ou inconsciente, par le choix de ses principaux matériaux, une véritable maîtrise de son métier de sculpteur. Il opte très souvent pour le marbre blanc de Carrare, pierre noble traditionnellement utilisée dans la grande sculpture, réputée autant pour la finesse de sa blancheur que pour la difficulté de sa taille. Il utilise aussi régulièrement le marbre noir de Belgique, prélevé dans les lacs souterrains de la ville de Mazi, proche de Gembloux ; extrêmement coûteux, il est aussi particulièrement dur et ne supporte, une fois sorti de l’eau, plus aucun contact avec l’humidité. La taille de l’onyx, auquel il a souvent recours, avec ses douces couleurs vertes aux veines orangées, constitue une véritable prouesse de sculpteur tant cette pierre se révèle dure, dense et capricieuse.
 
En définitive, si la sculpture de Natalino semble de prime abord simple, évidente, pure, elle apparaît, en outre, à celui qui s’y attarde riche en images, en significations, en émotions, en histoires qu’il convient de lire entre les lignes et les courbes.    
 
(1) Cette partie s’inspire d’un texte beaucoup plus complexe de Nico Stringa, paru dans le catalogue de l’exposition Natalino Andolfatto, sculptures récentes, Galerie Denise René, Paris, février – mars 2007, pp. 5-7.
(2) Ces théories et citations sont reprises du texte de Maurice Chevalier, préfaçant le catalogue de l’exposition Natalino Andolfatto, Galerie Kriegel, Paris, mars 1973, pp. 2-5.