Anna De Weert
(Gand 1867 - 1950)
Femme à la lampe
Crayon sur papier
Signature sur la face en bas à droite : A. De Weert
610 x 200 mm
Circa 1895
Biographie
Anna De Weert (née Anna Cogen) est une peintre luministe belge de paysages et de figures, née le 27 mai 1867 à Gand dans une famille bourgeoise cultivée qui favorise son éducation et son intérêt pour les arts. Elle grandit dans un environnement urbain mais proche de la nature, un élément qui devient central dans toute son œuvre. Le dessin et l’aquarelle font naturellement partie de son éducation, et elle bénéficie très tôt d’un environnement familial proche du monde artistique. Ses deux oncles, Felix et Alfons Cogen, sont peintres, ce qui renforce sa familiarité avec la pratique picturale. Elle grandit également dans un milieu intellectuel riche : par sa mère, elle est la petite-fille de Karel Lodewijk Ledeganck, écrivain et poète flamand reconnu. Cet héritage culturel nourrit sa sensibilité artistique et son intérêt pour la littérature. Dès son plus jeune âge, elle prend des leçons particulières auprès d’artistes gantois, avant de compléter sa formation à l’Académie royale des beaux-arts de Gand à la fin des années 1880, où elle acquiert les bases académiques du dessin, de la composition et de la peinture.
En 1891, elle épouse l’avocat gantois Maurice De Weert, essayiste et journaliste, qui devient par la suite membre du conseil communal et échevin de la Ville de Gand. Par ce mariage, elle adopte le nom d’Anna De Weert. Elle mène alors une double existence : d’une part, une vie mondaine à Gand, notamment dans leur résidence de la Godshuizenstraat, en tant qu’épouse d’un notable influent ; d’autre part, une vie artistique de plus en plus affirmée. Peu après son mariage, elle rencontre le peintre Émile Claus, figure majeure du luminisme belge. Cette rencontre marque un tournant fondamental dans son évolution artistique. En 1893, elle devient élève libre à la Villa Zonneschijn, la maison de campagne de Claus à Astene, sur les bords de la Lys. Elle s'y lie d’amitié avec deux autres "élèves" : Jenny Montigny et Yvonne Serruys. Sous l’influence directe de Claus, elle abandonne progressivement la palette sombre et les conventions académiques pour adopter une peinture fondée sur la lumière, la couleur et l’observation directe de la nature. Elle développe alors une sensibilité luministe, caractérisée par des tons clairs, une touche plus libre et une attention particulière aux effets atmosphériques. Elle séjourne également régulièrement au Hof ter Neuve à Afsnee, près de Gand, dans la région de la Lys, où elle trouve des motifs qui deviennent centraux dans son œuvre. À partir de cette période, elle s’oriente résolument vers la peinture de paysage, de jardins, de fleurs et de figures intégrées dans la nature. La lumière devient l’élément essentiel de sa recherche picturale, transformant ses compositions en impressions sensibles et vibrantes.
Au début du 20e siècle, elle joue un rôle actif dans la structuration du mouvement luministe belge. Dès 1903, elle s’efforce, avec le peintre Rodolphe Wytsman, de créer un groupement d’artistes luministes, malgré l’opposition initiale d’Adrien-Joseph Heymans. Elle relance ce projet avec Georges Morren, et parvient à rallier à cette initiative Émile Claus, Adrien-Joseph Heymans et James Ensor. En 1904, ce projet aboutit à la création du cercle Vie et Lumière, dont elle est l’une des principales forces motrices. Ce cercle défend une peinture moderne centrée sur la lumière, la couleur et la nature observée, et contribue à affirmer le luminisme comme un courant majeur de la peinture belge. Au cours des années précédant la Première Guerre mondiale, elle développe un style personnel de plus en plus affirmé. Elle s’attache particulièrement à la représentation de son jardin et des paysages de la Lys, qu’elle observe dans leurs variations saisonnières. Sa peinture se caractérise par une touche libre, une palette claire dominée par les verts, les bleus et les roses, et une recherche constante de l’harmonie lumineuse. Elle s’impose progressivement comme l’une des figures importantes du luminisme. Pendant la Première Guerre mondiale, elle reste à Gand, vivant dans un climat d’occupation et d’incertitude. Son mari est déporté en Allemagne, ce qui constitue une épreuve personnelle difficile. Malgré ces circonstances, elle poursuit son travail artistique avec détermination. La guerre ne ralentit pas sa progression ; au contraire, elle approfondit sa recherche picturale. Après la guerre, elle organise une importante exposition personnelle au Cercle Artistique et Littéraire de Bruxelles, qui constitue un événement artistique et mondain majeur. Le vernissage attire de nombreuses personnalités, parmi lesquelles le ministre Edward Anseele, le peintre Albert Baertsoen, Émile Claus et Paul Lambotte, directeur des Beaux-Arts. Le critique d’art et conservateur Hippolyte Fierens-Gevaert rédige le catalogue de l’exposition, témoignant de la reconnaissance institutionnelle dont elle bénéficie. En 1920, elle y présente 77 œuvres, puis 103 toiles quelques mois plus tard, démontrant sa remarquable productivité et l’ampleur de son œuvre.
Dans les années 1920, elle séjourne à plusieurs reprises à Rome, où elle découvre les jardins de la Villa Médicis et du Vatican. Ces voyages méditerranéens enrichissent sa palette et renforcent son intérêt pour la lumière intense du Sud. Elle y étudie les effets du soleil sur la végétation, les architectures et les espaces ouverts, ce qui influence subtilement son œuvre sans en modifier profondément les fondements. Elle reste fidèle à son approche luministe, tout en développant une plus grande synthèse formelle et une simplification des compositions. Après la mort de son mari, elle se retire progressivement de la vie publique, tout en restant active intellectuellement. Elle donne des conférences, notamment sur Émile Claus et sur ses voyages artistiques. Elle demeure une figure respectée du monde artistique belge. En janvier 1938, elle connaît un dernier grand moment de reconnaissance lorsque le Cercle artistique de Gand organise une vaste exposition rétrospective consacrée à l’ensemble de son œuvre, confirmant son statut d’artiste majeure. Durant les dernières années de sa vie, elle continue à peindre, avec une approche de plus en plus épurée, centrée sur l’essentiel : la lumière, la couleur et la nature. Anna De Weert meurt le 12 mai 1950 à Gand, à l’âge de 82 ans. À sa mort, elle lègue à la ville sa collection d’œuvres d’art, dont le célèbre portrait qu’Émile Claus réalise d’elle en 1899. Elle laisse une œuvre importante, qui fait d’elle l’une des principales représentantes du luminisme belge et l’une des figures féminines les plus significatives de la peinture belge du tournant du 20e siècle.