- Les Paons (dessin préparatoire)
Les Paons (dessin préparatoire)
Crayon sur papier
Monogramme et date en bas à droite W.D. / de / N. 96
210 x 291 mm

William Degouve de Nuncques

(Monthermé (France) 1867 - Stavelot 1935)

Œuvres

William Degouve de Nuncques - Paysage de neige

Biographie

Peintre et dessinateur originaire des Ardennes françaises, Degouve de Nuncques descend d’une grande et vieille famille de la noblesse où les arts furent toujours à l’honneur.  Un de ses oncles fut préfet de la Seine, un autre conservateur au musée de Valenciennes et protecteur du sculpteur Carpeaux.
Degouve voue une très grande admiration à son père, esprit très cultivé, qui l’initie non seulement à l’art et à la littérature, mais aussi à la philosophie, aux sciences et à la musique.  Il est âgé de trois ans seulement, lorsque ses parents décident de s’installer en Belgique, à Spa d’abord, à Bruxelles ensuite.
Encouragé par son père, qui disposait d’assez de ressources pour ne pas avoir l’obligation d’un métier, William prit l’habitude de consacrer son temps à rêver, à écouter son âme et à vivre replié sur lui-même. Il médite sur chaque chose et laisse une entière liberté à son imagination. Pendant quelques mois, il suit les cours de l’académie, mais renonce rapidement à cet enseignement, car c’est en autodidacte que William aborde la peinture.  « Je me suis mis à dessiner et à peindre, subissant l’attirance de la vie à la campagne sans maître, sans conseils comme sans influences, ce fut la priorité laissée à l’instinct, le plaisir de demeurer délibérément soi. »
En 1883, il se lie d’amitié avec le peintre hollandais Jan Toorop avec qui il partage un atelier à Machelen. Celui-ci l’initiera aux secrets du métier et notamment à l’idéalisme symboliste.  Une amitié plus profonde encore va le lier à Henri De Groux.  Les deux artistes cohabitent un certain temps et posent l’un pour l’autre.  C’est Degouve qui servira de modèle à De Groux pour la figure du Christ dans son célèbre Christ aux outrages.  Fort des conseils de ses amis qui l’orientent vers le symbolisme, Degouve est désormais mûr pour accomplir sa destinée.  Soutenu par Rodin, il expose pour la première fois en 1890, à Bruxelles, et montre au salon de Paris de 1894 Place de Warichet à Perwez (1889), toile qui trouve immédiatement acquéreur. De 1892 à 1899, Degouve poursuit une recherche symboliste dont la qualité poétique repose dans l’attention portée à l’âme des choses, dans l’intériorité silencieuse qui pousse l’artiste à découvrir dans la nature ce que les autres ne peuvent y distinguer.
Le 30 octobre 1894, il épouse Juliette Massin, peintre de talent et belle-soeur du poète Émile Verhaeren, qui l’introduit auprès des poètes symbolistes de La Jeune Belgique.  La même année, il participe à la grande exposition d’Art Idéaliste organisée par le cercle d’études ésotériques Kumris.
A Bruxelles, il est lié avec Eugène Demolder, Émile Verhaeren et Maurice Maeterlinck ; à Paris, il rencontre Puvis de Chavannes et Maurice Denis. Cherchant continuellement de nouvelles voies d’expression, Degouve fait de nombreux voyages : en Italie, en Autriche, en Allemagne, en France. Il vit même un temps aux îles Baléares, de 1900 à 1902. Pendant la guerre 1914-1918, la Hollande l’accueille. Il revient ensuite à Bruxelles, mais, en 1919, il perd sa femme tant aimée ; le désespoir est tel qu’il provoque l’arrêt complet de sa production pendant trois ans. Il s’installe à Stavelot, qu’il ne quittera plus, et y retrouve le goût de vivre grâce à l’amitié dont l’entoure sa deuxième compagne, Suzanne Poulet, qu’il épouse en 1930.  A son contact, il se remit doucement à la peinture, se consacrant exclusivement aux paysages de l’Ardenne, mais la paralysie qui le frappe en 1928 le rend incapable de peindre par la suite.
Sa période symboliste, de 1892 à 1900, est marquée par un climat étrange qui préfigure à bien des égards certaines œuvres surréalistes (La Maison rose et L’Empire des Lumières de René Magritte). Plus encore que la peinture à l’huile, le pastel fut son moyen d’expression privilégié. Degouve est un contemplatif, ces influences se doublent d’une sensibilité qui trouvera dans le pastel une suavité propre à rendre les moindres nuances de l’atmosphère, à saisir les lumières les plus fines. Les effets de neige ou les tonalités nocturnes, par leur uniformité, rencontrent son désir d’harmonie.  Les paysages semblent voilés d’une brume aussi légère que mélancolique.
Le recueillement solitaire, l’irréalité d’une palette, la maladresse de la facture témoignent d’un désir d’expression qui fait de chaque œuvre une ode à la nature. Toutefois, le peintre ne se contente pas de saisir un coin de nature selon son inclination du moment : son travail tend à la synthèse, synthèse de la vision, de l’impression et de l’intention.
Dans son œuvre, c’est toujours le silence, un silence lourd, inquiétant et impérieux.  Tout mouvement est banni et il est rare qu’une figure vienne animer ces évocations du réel qui ne sont plus que des songes. Les perspectives architecturales, les maisons tranquilles éclairées par la lune, le ruisseau qui passe, toutes ces choses banales ou changeantes deviennent très vite des reflets intérieurs, des aspects de sa propre pensée. Son art est tout en spiritualité et l’artiste veut nous faire sentir et voir la définition profonde et durable des choses et non la seule impression première et combien fugitive. Luc et Paul Haesaerts ont admirablement bien résumé cette opposition : « Tandis que les impressionnistes voient les choses éclairées par le dehors, Degouve, lui, c’est par le dedans. »
Dans l’esprit et la démarche de William Degouve de Nuncques, il n’y a de véritable art que lorsqu’il est entré en contact avec le monde intérieur, caché par les apparences. Il avait mis en exergue dans l’un de ses nombreux cahiers de notes – car Degouve s’exprime aussi bien par le mot que par le trait – cette pensée profonde de Schopenhauer : « L’art.  C’est ce que le commun ne sait pas voir dans la nature. » Cette nature, Degouve ira à sa recherche toute sa vie, voyageant en Italie, en Autriche, en Allemagne, en Suisse, en France, aux Pays-Bas, en Espagne, passant de la campagne brabançonne à la féerie des Baléares, toujours envahi par une extase d’autant plus grande qu’elle ne fait que croître avec le temps. Mais c’est avec prédilection qu’il retrouvera l’austère Ardenne.
Références :
Gisèle Ollinger-Zinque, « William Degouve de Nuncques », in Éliane De Wilde (préface), Le dictionnaire des peintres belges du XIVe siècle à nos jours depuis les premiers maîtres des anciens Pays-Bas méridionaux et de la Principauté de Liège jusqu'aux artistes contemporains, t. 1, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1995, pp. 278-279.