- Venise Canaletto
Venise Canaletto
Pastel sur papier
Monogramme et date en bas à droite : W D / de / N 95
1895
580 x 320 mm

William Degouve de Nuncques

(Monthermé (France) 1867 - Stavelot 1935)
  - Venise Canaletto
Venise Canaletto
Pastel sur papier
Monogramme et date en bas à droite : W D / de / N 95
1895
580 x 320 mm

Œuvres

William Degouve de Nuncques - Paysage de neige
William Degouve de Nuncques - Les Paons (dessin préparatoire)
William Degouve de Nuncques - La Déchéance (dessin préparatoire)

Biographie

William Degouve de Nuncques (1867-1935) est l’un des artistes majeurs du symbolisme belge. Toute sa vie, il traitera le paysage, jouant avec les nuances de couleurs, depuis les impressions urbaines nocturnes aux ambiances claires de plateaux enneigés.
Peintre et dessinateur originaire des Ardennes françaises, Degouve de Nuncques descend d’une grande famille de la noblesse où les arts furent toujours mis à l’honneur. Degouve voue une très grande admiration pour son père qui l’initie non seulement à l’art et à la littérature, mais aussi à la philosophie, aux sciences et à la musique. A l’âge de 3 ans, ses parents décident de s’installer en Belgique. Après une brève instruction académique, le jeune Degouve de Nuncques décide de se consacrer à l’art en autodidacte ; il prend l’habitude de vouer son temps à rêver, à écouter son âme et à se découvrir. Il médite sur chaque chose et laisse une entière liberté à son imagination.
« Je me suis mis à dessiner et à peindre, subissant l’attirance de la vie à la campagne sans maître, sans conseils comme sans influences, ce fut la priorité laissée à l’instinct, le plaisir de demeurer délibérément soi. »
Dès 1883, Degouve entre en contact avec Jan Toorop qui séjourne à Machelen. Celui-ci l’initie aux secrets du métier et notamment à l’idéalisme symboliste. Il fait également la connaissance du peintre Henry de Groux avec lequel il entretiendra une amitié indéfectible. Les deux artistes cohabitent un certain temps et posent l’un pour l’autre. Degouve sert de modèle à de Groux pour la figure du Christ dans son célèbre Christ aux outrages. Assez fortuné que pour voyager et vivre de son art, Degouve fréquente les cercles d’avant-garde belges (Demolder, Verhaeren, Rops, Maeterlinck), multiplie les expositions à l’étranger et sillonne l’Europe en compagnie de sa jeune épouse, Juliette Massin, belle-sœur du poète Émile Verhaeren : Espagne, France, Italie, Autriche, Pays-Bas, Allemagne. Le couple exposera d’ailleurs à plusieurs reprises ensemble. Il vit même un temps aux îles Baléares, de 1900 à 1902. A cette période, son œuvre est caractérisée par la représentation d’une nature, nocturne et silencieuse, où l’éclairage lunaire donne naissance à un sentiment d’inquiétante étrangeté. De 1892 à 1899, Degouve poursuit cette recherche symboliste dont la qualité poétique réside dans l’attention qu’il porte à l’âme des choses. Dans une sorte d’intériorité silencieuse, l’artiste parvient à déceler dans la nature ce que les autres ne peuvent y distinguer. Cette période est marquée par un climat étrange qui préfigure à bien des égards certaines œuvres surréalistes (La Maison aveugle et L’Empire des Lumières de René Magritte).
Plus encore que la peinture à l’huile, le pastel est son moyen d’expression de prédilection. Degouve est un contemplatif, il trouve dans le pastel une suavité propre à rendre les moindres nuances de l’atmosphère et à saisir les lumières les plus fines. Dans ses pastels, les paysages semblent voilés d’une brume aussi légère que mélancolique.
Durant les années 1890, Bruges et Venise attirent l’attention du milieu symboliste. Degouve interprète lui aussi ces villes aquatiques à l’atmosphère brumeuse enveloppée d’un voile mystérieux. À l’extrême fin du 19e siècle, Degouve de Nuncques redéfinit son rapport à la peinture en délaissant les effets nocturnes pour gagner une clarté qui le conduira progressivement à la blancheur de la neige. Cette transition procède d’un séjour en Espagne entre 1899 et 1902, lui ouvrant la voie d’une sensibilité désormais gagnée aux effets de lumière. Se retirant loin des villes, Degouve peint des toiles aux Îles Baléares s’inscrivant dans le contexte plus général du retrait de nombreux artistes dans une nature non déflorée par l’industrialisation.
Pendant la première guerre mondiale, le couple s’installe aux Pays-Bas. En 1919, peu après leur retour à Bruxelles, Degouve perd son épouse tant aimée. Cet événement le plonge dans un profond désespoir et provoque l’arrêt complet de sa production pendant trois ans. Degouve de Nuncques s’installe ensuite à Stavelot où il restera jusqu’à la fin de sa vie. Là-bas, il retrouve le goût de vivre grâce à l’amitié de sa deuxième compagne, Suzanne Poulet. A son contact, il se remet doucement à la peinture qu’il consacre exclusivement aux paysages ardennais. En 1928, la paralysie le frappe et empêche toute pratique picturale. Il meurt en 1938 à Stavelot à l’âge de 68 ans.
Le recueillement solitaire, l’irréalité d’une palette, la maladresse de la facture témoignent d’un désir d’expression qui fait de chaque œuvre de Degouve de Nuncques une ode à la nature. Toutefois, le peintre ne se contente pas de saisir un coin de nature selon ses goûts du moment ; son travail tend à la synthèse de la vision, de l’impression et de l’intention.
Les perspectives architecturales, les maisons tranquilles éclairées par la lune, les arbres et les ruisseaux, toutes ces choses banales ou changeantes deviennent très vite des reflets intérieurs, des aspects de son âme. Son art est tout en spiritualité : l’artiste veut nous faire sentir il n’y a de véritable art que lorsqu’il entre en contact avec le monde intérieur, caché par les apparences. Luc et Paul Haesaerts ont résumé cette opposition : « Tandis que les impressionnistes voient les choses éclairées par le dehors, Degouve, lui, c’est par le dedans. » Degouve de Nuncques a mis en exergue cette pensée de Schopenhauer dans l’un de ses nombreux cahiers de notes – car Degouve s’exprime aussi bien par le mot que par le trait – : « L’art. C’est ce que le commun ne sait pas voir dans la nature. »
 
Références pour la biographie
Gisèle Ollinger-Zinque, « William Degouve de Nuncques », in Éliane De Wilde (préface), Le dictionnaire des peintres belges du XIVe siècle à nos jours depuis les premiers maîtres des anciens Pays-Bas méridionaux et de la Principauté de Liège jusqu’aux artistes contemporains, t. 1, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1995, pp. 278-279.
Musée Félicien Rops, 2012. William Degouve de Nuncques, maître du mystère, schilder van het mysterie. [Dossier pédégogique ] Namur : Province de Namur, Culture.
Musée Félicien Rops & Kröller-Müller Museum, 2012. William Degouve de Nuncques, maître du mystère, schilder van het mysterie. [Dossier presse] Namur : Province de Namur, Culture.