- La machine à coudre
La machine à coudre

Albert Delstanche

(Bruxelles 1870 - Bruxelles 1941)
  - La machine à coudre
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Œuvres

Albert Delstanche - Deux femmes à la couture
Albert Delstanche - Sans titre
Albert Delstanche - femme à table
Albert Delstanche - Sans titre
Albert Delstanche - Sur la terrasse
Albert Delstanche - Femme à la couture

Biographie

Descendant d’une lignée de médecins et petit-fils par sa mère de Jean-Baptiste Madou (1796-1877), peintre et graveur belge, Albert Delstanche révèle, dès l’enfance, des dons pour le dessin et réalise sa première estampe à la fin de ses études secondaires. Optant au départ pour le droit, il obtient son doctorat en 1891, avec la plus grande distinction, et s’inscrit au barreau en 1894. Il ne fera cependant qu’une brève carrière d’avocat. En effet, il se marie l’année suivante avec Madeleine Vanderborght, qui l’encourage d’emblée à suivre sa vocation d’artiste. C’est ainsi qu’il débutera les cours à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, dans les classes d’Alexandre Robert et de Joseph Stallaert, et se perfectionnera ensuite à celle de Düsseldorf durant l’année 1899.
Dès 1903, Albert Delstanche occupe un poste scientifique au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque royale de Belgique, sur la proposition d’Édouard Fétis, conservateur en chef. Cette fonction, en plus de lui procurer un travail alimentaire, permettait à Delstanche de nourrir son goût pour l’érudition et l’art de la gravure. Fin lettré et licencié en Histoire de l’art, il publie tout au long de sa vie plusieurs études scientifiques et historiques sur différentes méthodes de gravure, révélant ainsi l’intérêt sincère et profond qu’il éprouvait pour cette discipline. D’ailleurs, son dernier papier, destiné au Bulletin de l’Académie royale de Belgique, est consacré à un procédé qu’il affectionnait particulièrement : les monotypes. Il reviendra régulièrement vers son penchant pour la critique artistique et les études scientifiques, bien qu’il finisse par se consacrer à sa vocation d’artiste. En effet, en 1908, Albert Delstanche demande et obtient de la Bibliothèque royale un congé extraordinaire d’un an, afin de parfaire son éducation artistique en Italie. Trois ans plus tard, il ne sera plus que consultant au Cabinet des Estampes et se vouera quasi exclusivement à sa pratique artistique. De 1911 à 1914, Delstanche se partage entre Bruxelles et Oudenburg, en Flandre Occidentale, où réside son ami Jean Vanden Eeckhoudt et où il réalise ses premières gravures sur bois. Dans cette petite ville près d’Ostende, Delstanche entame la réalisation de xylogravures pour illustrer l’ouvrage d’Émile Verhaeren La Guirlande des dunes dont la commande lui avait été ordonnée par une société bibliophilique belge Les Cinquante. Avec la déclaration de la Première Guerre mondiale, Albert Delstanche émigre en Angleterre. Jusqu’en 1919, il remplacera Jules Destrée comme Secrétaire du Comité pour les Artistes Belges en Exil. A ce titre, il s’efforcera de porter assistance à Alfred Bastien, Adrien Blomme, Émile Claus, Valerius de Saedeleeer, Jean Delville, Hyppolite Daeye, Émile Fabry, Marcel Jefferys, George Minne, Constant Permeke, Victor Rousseau, Edgard Tytgat et bien d’autres.
En exil, Delstanche illustre pour la maison d’édition londonienne Chatto & Windus. L’artiste réalise aussi de nombreux dessins intimistes où il dépeint la vie en temps de guerre dans des scènes d’intérieur. Revenu en Belgique en 1919, Delstanche se concentre davantage sur les monotypes – technique à laquelle il s’intéresse depuis sa lecture des notes d’Edgar Degas. Dans une grande variété de sujets, allant des portraits aux ensembles de figures, des paysages aux scènes d’intérieur, en passant par les natures mortes, les monotypes de Delstanche dénotent une solide maîtrise du procédé, tant par la nuance infinie des dégradés de noir que par le subtil rendu des matières. L’artiste parvenait à figurer avec autant de virtuosité les effets de lumière dans des intérieurs très détaillés que la légèreté d’un geste croqué sur le vif. Dans un monotype, le dessin est produit sur une plaque lisse de verre ou de métal à l’aide d’une encre épaisse, comme l’encre d’imprimerie, qu’il est possible de retravailler tant qu’elle est encore humide. Il est d’ailleurs facile d’observer, dans certains traits noirs, ces retraits de matière qui apparaissent comme de fines stries blanches.
Enfin, le dessin est transféré en pressant la plaque sur une feuille de papier, à la manière d’une impression traditionnelle. Il convient toutefois de noter que le monotype n’est pas à proprement parler de la gravure – et donc un art reproductible –, puisque le dessin n’est pas taillé ou mordu mais simplement posé sur la plaque. Une fois l’encre transférée sur la feuille ou séchée sur la plaque, le procédé ne permet plus d’obtenir de nouvelle épreuve. Cependant, le terme monotype est également impropre, car il n’en ressort pas systématiquement un seul tirage ; comme Delstanche l’avouait lui-même, il lui était parfois possible de tirer au mieux une ou deux épreuves supplémentaires à partir de sa plaque enduite. Les œuvres obtenues par ce procédé ont donc un statut hybride : pas forcément uniques, elles n’ont toutefois été tirées qu’à un très petit nombre d’exemplaires et ont, par conséquent, une valeur d’unicité plus forte que les épreuves gravées.
En 1920, Albert Delstanche séjourne un temps chez son ami Jean Vanden Eeckhoudt à Roquebrune au bord de la Méditerranée ; les deux artistes réalisent d’ailleurs à tour de rôle leur portrait. Le dessin que Delstanche fait de Vanden Eeckhoudt en train de peindre dans un geste très dynamique, presque sportif, est amusant et plein de vie. Du midi de la France, Delstanche reviendra les fardes à dessins remplies de nombreux paysages, hommage à la végétation si particulière des lieux et au fameux et imposant rocher de Roquebrune. Dès 1921, Albert Delstanche se consacre à l’eau-forte et à la pointe sèche ainsi qu’au dessin à l’encre de Chine qu’il décline selon une variété de techniques apportant chacune leur nuance : lavis, pinceau, plume ou encore roseau. Muni de ce dernier outil en particulier et de cette seule encre noire, Delstanche parvient, avec une grande subtilité et une délicate sobriété, à rendre aussi bien les carnations des personnages et leurs vêtements que le décor alentour. Avec une économie de moyens absolue, il est donc capable de figurer les aspects les plus divers de son sujet. Sa passion pour la gravure et les bois en particulier marquera finalement sa vocation d’artiste. En 1921, paraît enfin l’édition de La Guirlande des dunes d’Émile Verhaeren, dont les bois de Delstanche débutés avant la guerre ornent les pages. En 1927, il grave surtout des eaux-fortes inspirées par la mer et illustre sublimement La Route d’Émeraude et La Légende d’Yperdamme d’Eugène Demolder.
En 1929, Albert Delstanche se fixe définitivement à Ohain, si bien que Pierre Poirier le surnomme le maître d’Ohain. Il se concentre désormais sur les lavis à l’encre de Chine et sur son travail d’aquafortiste. Il peint ainsi sur le motif des gammes de magnifiques paysages représentant la campagne brabançonne, non pas simplement avec le carton toilé, le carnet et le chevalet pliable, mais aussi avec sa plaque de métal. De cette période datent aussi de très nombreux dessins de scènes familiales et des portraits d’enfants, dans lesquels certains commentateurs verront du Goya ou du Rembrandt, mais où transparaissent surtout une vision délicate, enjouée et intimiste d’instantanés de vie. En 1940, Delstanche est nommé membre correspondant de la classe des Beaux-Arts de l’Académie Royale de Belgique, en section gravure. Il décède un an plus tard, le 6 juillet 1941.

Références bibliographiques
Lebeer, L. & Tourneur, V. 1941. Exposition Albert Delstanche. Bruxelles : Bibliothèque royale de Belgique.
Albert Delstanche, Blanc et Noir – Monotype – Estampe, in Bulletin de l’Académie royale de Belgique (Classe des Beaux-Arts), 3 novembre 1949.