- Les coquillages
Les coquillages
Pastel et crayon de couleur
Signature et date en bas à droite : Spilliaert - 1907
1907
430 x 710 cm

Léon Spilliaert

(Ostende 1881 - Bruxelles 1946)
  - Les coquillages
Les coquillages
Pastel et crayon de couleur
Signature et date en bas à droite : Spilliaert - 1907
1907
430 x 710 cm

Œuvres

Léon Spilliaert - Le Pont au-delà de Zandvoorde
Léon Spilliaert - Autoportrait
Léon Spilliaert - La Verrière
Léon Spilliaert - Tasse et casserole

Catalogue

Biographie

Léon Spilliaert est né le 28 juillet 1881 à Ostende. Fils d’un parfumeur, il se montre quelque peu renfermé, introverti, sensible et rêveur dès son plus jeune âge ; il s’intéresse aux arts plastiques, à la lecture et à l’écriture. Taiseux et mélancolique, il ne sort que la nuit et parcourt inlassablement les rues d’Ostende. Durant ses années scolaires au Collège Notre-Dame, il n’est pas l’élève le plus assidu malgré son indéniable intelligence. Au lieu de suivre les leçons, il dessine des croquis étranges dans ses cahiers. Il révèle, par ailleurs, un appétit insatiable pour la littérature. Il est aussi adepte de la marche et de la nature ; la mer, les forêts et la campagne jouent un rôle important dans son œuvre. A l’âge de dix-huit ans, il fréquente brièvement l’Académie des Beaux-Arts de Bruges mais il est essentiellement autodidacte. En 1900, Léon Spilliaert se rend à l’Exposition universelle de Paris en compagnie de son père. Toutes les différentes tendances de l’art européen de l’époque y sont représentées. Cette visite semble avoir joué un rôle essentiel dans la future carrière du jeune Spilliaert. A cette occasion, son père lui offre une boîte de pastels qu’il se met d’emblée à utiliser avec beaucoup d’enthousiasme. Tout au long de sa vie, Léon Spilliaert conservera précieusement cette petite boîte de couleurs. Plus qu’une formation artistique, Spilliaert se crée une formation littéraire. Lecteur impénitent, il s’intéresse aussi bien à Nietzsche qu’à Edgar Poe qui est un de ses auteurs favoris. En 1902, il est engagé par l’éditeur d’art bruxellois Edmond Deman en tant que vendeur et responsable des relations publiques. Après une période d’essai, il est engagé définitivement en 1903. Edmond Deman est non seulement un grand éditeur, mais aussi un fin psychologue et pédagogue qui souhaite donner une chance aux jeunes artistes prometteurs. De nombreux artistes fréquentent sa maison (Ensor, Lemmen, Khnopff, Van Rysselberghe) et leurs tableaux décorent les murs pour attirer l’attention des acheteurs potentiels. Néanmoins, les œuvres de Spilliaert rencontrent peu de succès car elles sont jugées trop hallucinantes ou trop sombres. Deman joue un rôle capital dans la carrière de Spilliaert. Grâce à lui, le jeune artiste est introduit dans le milieu artistique bruxellois et découvre le travail de nombreux artistes tel que celui des Maîtres anciens.
En 1904, Spilliaert part pour Paris et rencontre Émile Verhaeren; une grande amitié naît rapidement entre les deux hommes. Verhaeren lui achète quelques œuvres et lui fait rencontrer ses amis marchands d’art, dont Clovis Sagot. Il fait également la connaissance de Max Jacob, Pablo Picasso et Stefan Zweig. Hormis son séjour à Paris et son installation à Bruxelles, Spilliaert voyage très peu et son univers se concentre sur deux sujets principaux, lui-même et la Mer du Nord. Dès novembre 1904, il rentre à Ostende et devient membre collaborateur du Cercle de lecture et d’art De Dageraad. A 24 ans, Léon Spilliaert n’a encore jamais exposé et demeure inconnu en dehors du cercle gravitant autour de Deman et Verhaeren. Le 14 juillet 1908, paraît dans le journal ostendais Le Carillon : le premier article consacré à Léon Spilliaert et signé G.M. (monogramme de Georges Marquet : directeur du Kursaal d’Ostende et propriétaire du journal). Il s’agit d’une belle promotion pour l’artiste encore méconnu, puisque la semaine suivante les œuvres de Spilliaert sont présentées à l’exposition estivale du Kursaal d’Ostende, organisée à l’initiative de Robert Picard. Dans la critique du journal anversois Le Méphisto, Emma Lambotte consacre quelques phrases aux œuvres de Spilliaert : « Quant au jeune dessinateur Spilliaert, il expose des choses impressionnantes et comme hallucinées : femmes de plaisir aux mines hagardes, intoxiquées d’absinthe et d’amour ; rampe à peine éclairée donnant sur la mer infinie ; grands cierges se consumant dans un édifice mystérieux. » Entre 1903 et 1908, il exécute des dizaines d’autoportraits. Contrairement à Rembrandt qui le fait sur toute une vie et dans des costumes parfois extravagants, Spilliaert se représente sur un temps très court et toujours dans la même tenue de ville qui le fait ressembler à un ordonnateur de pompes funèbres. Certains de ses autoportraits ne sont pas sans évoquer ceux de Francis Bacon, tant la dématérialisation de la figure humaine va loin.
Du côté de ses relations amicales et artistiques, Spilliaert noue des liens solides avec Constant Permeke. Pendant un temps, ils partagent un atelier dans une mansarde d’où ils observent les allées et venues des pêcheurs sur le quai, dans les docks et dans le chenal du port. En 1910, la relation amicale de Spilliaert avec le physicien et ingénieur Robert-Bénédict Goldschmidt lui inspire également quelques œuvres importantes. Véritable mécène pour Léon Spilliaert, Goldschmidt acquiert pas moins d’une dizaine d’œuvres de l’artiste. Spilliaert est membre de plusieurs cercles artistiques. Il fait partie notamment du groupe Les Indépendants. Comme James Ensor et Constant Permeke, il intègre le groupe Kunst van Heden créé par François Franck. En 1912, Spilliaert expose des paysages, des intérieurs et des natures mortes avec le cercle Le Sillon et participe au salon Doe stil voort. En fin d’année, le galeriste bruxellois Georges Giroux organise une exposition intitulée Les Bleus de la G.G.G. à laquelle Spilliaert expose une vingtaine d’œuvres. Le thème principal dans l’art de Spilliaert avant la Première Guerre Mondiale, c’est la nuit, même lorsque la scène se passe de jour. La vie humaine est soit absente, soit réduite à des silhouettes vacillantes absorbées dans le brouillard ou prostrées dans le vent du nord, scènes à la limite de l’abstraction. Un des peintres qui a le plus inspiré Spilliaert est, sans aucun doute, William Degouve de Nuncques qui partage avec lui une passion pour les ambiances nocturnes. Après la Première Guerre mondiale, son art se transforme. Alors qu’il écrit à Ensor qu’il ne se marierait jamais, il fait la connaissance de Rachel Vergison. A partir de cette rencontre, sa palette s’éclaire et ses paysages d’Ostende perdent l’intérêt du public. Le couple s’installe à Bruxelles en mars 1917. Leur fille Madeleine naît le 15 novembre de la même année. Elle occupe une place centrale dans la vie de Spilliaert.
En août 1920, Paul-Gustave Van Hecke et André De Ridder fondent le groupe Sélection à Bruxelles. Le groupe défend avec ferveur les peintres tels que Léon Spilliaert, Fritz Van den Berghe, James Ensor, Gustave De Smet et Constant Permeke. Spilliaert fait également partie du groupe rattaché à la galerie Le Centaure, fondée en 1921 par Walter Schwarzenberg et défendant exclusivement un art aux antipodes de celui qui est visible aux salons officiels. Spilliaert, comme d’autres artistes, adhère au groupe Les Compagnons de l’art fondé en 1937 par les frères Luc et Paul Haesaerts, tous deux fervents amateurs d’art. Il se lie d’amitié avec l’artiste peintre symboliste Georges Baltus (son frère spirituel) et avec le peintre de marines André Lynen. En mai 1922, il revient s’installer à Ostende avec sa famille. Tout au long de sa carrière, Spilliaert reçoit le soutien de différents mécènes tels que Madame Storck ou encore l’éditeur-poète Henri Vandeputte. Ce dernier décide de vendre les œuvres de Spilliaert à ses amis français. Par ailleurs, en tant que directeur artistique du Kursaal d’Ostende, Vandeputte propose régulièrement à Spilliaert d’exposer. En mai 1932, Spilliaert reçoit une bourse de voyage de l’État et parcours l’Italie, la Suisse et l’Autriche avec sa femme et sa fille. Il réalise de nombreuses œuvres au cours de ce long voyage. En septembre 1935, ils retournent pour la deuxième fois s’installer à Bruxelles. Madeleine peut ainsi continuer ses études au Conservatoire Royal de Musique.
 
Pendant toute son activité picturale, Spilliaert n’utilisera jamais l’huile et la toile. Ses outils sont l’encre, le crayon de couleur ou le pastel, parfois l’aquarelle. Symboliste de la dernière génération, il touche parfois au surréalisme et ses mises en page surprenantes, si elles évoquent parfois l’art japonais, rappellent aussi souvent le cinéma expressionniste et ses noirs et blancs inquiétants. Ses toiles se caractérisent par une évidente mélancolie, empreinte de tristesse, à travers la représentation de larges espaces vides, ou d’autoportraits jouant sur les ombres dans les crevasses du visage, un traitement de la lumière façon clair-obscur et une sorte d’irradiation. Léon Spilliaert passera la fin de sa carrière à représenter des arbres d’une façon presque obsessionnelle. Il meurt d’une crise cardiaque à Bruxelles en 1946, au terme d’une maladie qu’il traînait depuis une dizaine d’années. Il est enterré au cimetière de la Stuiverstraat à Ostende.
Je suis un mauvais interprète des rêves des autres, j’en ai trop moi-même (Lettre de Léon Spilliaert à Edmond Deman, 26 novembre 1907).
 
Références bibliographiques
Adriaens-Pannier, A., 2006. Spilliaert : Le regard de l’âme. Bruxelles : Ludion.
Art Nouveau et Jugendstil. Courants artistiques et littéraires de 1880 à 1920, 2012. https://bit.ly/32ByXkk, 28 février 2020.
Bieri Thomson, H., 2002. Léon Spilliaert : Vertiges et visions. Paris : Fondation Neumann, Gingins, Suisse et Somogy éditions d’art.
Hostyn, N., 2016. Léon Spilliaert : Paysages et arbres. Bruxelles : Lancz Gallery. [Catalogue d’exposition]