- La Verrière
La Verrière
Encre de Chine, pinceau et crayon de couleur sur papier
Signature et date en haut à gauche : L. Spilliaert 09
1909
640 x 500 mm

Léon Spilliaert

(Ostende 1881 - Bruxelles 1946)
  - La Verrière
La Verrière
Encre de Chine, pinceau et crayon de couleur sur papier
Signature et date en haut à gauche : L. Spilliaert 09
1909
640 x 500 mm

Œuvres

Léon Spilliaert - Le Pont au-delà de Zandvoorde
Léon Spilliaert - Autoportrait
Léon Spilliaert - Tasse et casserole

Catalogue

Biographie

Léon Spilliaert est né le 28 juillet 1881 à Ostende. Fils d’un parfumeur, il se montre quelque peu renfermé, introverti, sensible et rêveur dès son plus jeune âge ; il s’intéresse aux arts plastiques, à la lecture et à l’écriture. Taiseux et mélancolique, il ne sort que la nuit et parcourt inlassablement les rues d’Ostende. Durant ses années scolaires au Collège Notre-Dame, il n’est pas l’élève le plus assidu malgré son indéniable intelligence. Au lieu de suivre les leçons, il dessine des croquis étranges dans ses cahiers. Il révèle, par ailleurs, un appétit insatiable pour la littérature. Il est aussi adepte de la marche et de la nature ; la mer, les forêts et la campagne jouent un rôle important dans son œuvre. A l’âge de dix-huit ans, il fréquenta brièvement l’Académie des Beaux-Arts de Bruges mais il sera essentiellement autodidacte.
En 1900, Léon Spilliaert se rend à l’Exposition universelle de Paris en compagnie de son père. Toutes les différentes tendances de l’art européen de l’époque y sont représentées. Cette visite semble avoir joué un rôle essentiel dans la future carrière de jeune Spilliaert. A cette occasion, son père lui offre une boîte de pastels qu’il se met d’emblée à utiliser avec beaucoup d’enthousiasme. Tout au long de sa vie, Léon Spilliaert conservera précieusement cette petite boîte de couleurs. Plus qu’une formation artistique, Spilliaert se fait une formation littéraire. Lecteur impénitent, il s’intéresse aussi bien à Nietszche qu’à Edgar Poe qui est un de ses auteurs favoris. En 1902, il est engagé par l’éditeur d’art bruxellois Edmond Deman en tant que vendeur et responsable des relations avec le public. Après une période d’essai, il est engagé définitivement en 1903. Edmond Deman est non seulement un grand éditeur, mais aussi un fin psychologue et pédagogue qui souhaite donner une chance aux jeunes artistes prometteurs. De nombreux artistes fréquentent sa maison (Ensor, Lemmen, Khnopff, Van Rysselberghe) et leurs tableaux décorent les murs pour attirer l’attention des acheteurs potentiels. Néanmoins, les œuvres de Spilliaert rencontrent peu de succès car elles sont jugées trop hallucinantes ou trop sombres. La maison d’Edmond Deman est un lieu hybride dans le monde artistique bruxellois : à la fois maison d’édition et librairie, elle est aussi considérée comme une galerie d’art. Edmond Deman joue un rôle capital dans la carrière de Spilliaert. Grâce à lui, le jeune artiste est introduit dans le milieu artistique bruxellois et découvre le travail de nombreux artistes tel que celui des Maîtres anciens. Spilliaert travaille pour lui jusqu’en 1904. Dans une lettre adressée à Deman, il écrit simplement qu’il en a assez d’attendre que la fortune lui tombe du ciel.
En 1904, Spilliaert part pour Paris et rencontre Émile Verhaeren par l’intermédiaire d’Edmond Deman ; une grande amitié naît rapidement entre les deux hommes. Verhaeren lui achète quelques œuvres et lui fait rencontrer ses amis marchands d’art, dont Clovis Sagot. Il fait également la connaissance de Max Jacob, Pablo Picasso et du dramaturge et poète Stefan Zweig. Hormis son séjour à Paris et son installation à Bruxelles, Spilliaert voyagera très peu et tout son univers est concentrée sur deux sujets principaux, lui-même et la Mer du Nord. Dès novembre 1904, il rentre à Ostende et devient membre collaborateur du Cercle de lecture et d’art De Dageraad. A 24 ans, Léon Spilliaert n’a encore jamais exposé et demeure inconnu en dehors du cercle gravitant autour de Deman et Verhaeren. Le 14 juillet 1908, paraît dans le journal ostendais Le Carillon le premier article consacré à Léon Spilliaert et signé G.M. (monogramme de Georges Marquet : directeur du Kursaal d’Ostende et propriétaire du journal). Il s’agit d’une belle promotion pour l’artiste encore méconnu, puisque la semaine suivante les œuvres de Spilliaert sont présentées à l’exposition estivale du Kursaal d’Ostende, organisée à l’initiative de Robert Picard. Dans la critique du journal anversois Le Méphisto, Emma Lambotte consacra quelques phrases aux œuvres de Spilliaert : « Quant au jeune dessinateur Spilliaert, il expose des choses impressionnantes et comme hallucinées : femmes de plaisir aux mines hagardes, intoxiquées d’absinthe et d’amour ; rampe à peine éclairée donnant sur la mer infinie ; grands cierges se consumant dans un édifice mystérieux. »
Entre 1903 et 1908, il exécute des dizaines d’autoportraits. Contrairement à Rembrandt qui le fait sur toute une vie et dans des costumes parfois extravagants, Spilliaert se représente sur un temps très court et toujours dans la même tenue de ville qui le fait ressembler à un ordonnateur de pompes funèbres. Certains de ses autoportraits sont d’une précision maniaque presque appliquée alors que d’autres se noient dans une lumière glauque d’aquarium, lui-même se transformant en une sorte de batracien monstrueux. Certains de ses autoportraits ne sont pas sans évoquer ceux de Francis Bacon, tant la dématérialisation de la figure humaine va loin.
En 1909, Spilliaert participe au Salon de Printemps à Bruxelles, pour lequel il envoie une dizaine d’œuvres vaguement définies dans le catalogue comme « lavis et dessins rehaussés » sans mention de titres. Le 6 février 1909, l’artiste écrit une lettre à Jean De Mot, secrétaire du salon, dans laquelle il lui fait la confidence suivante : « Jusqu’à présent ma vie s’est passée, seul et triste, avec un immense froid autour de moi. J’ai toujours eu peur. » L’auteur français François Jollivet Castelot, un homme fantomatique qui s’intéresse aussi à l’alchimie et aux médecines parallèles, écrit : « Presque inconnu encore, renfermé dans une fière modestie et méprisant la réclame, le jeune aquarelliste ostendais Léon Spilliaert est un grand, un très grand artiste. »
Du côté de ses relations amicales et artistiques, Spilliaert noue des liens solides avec Constant Permeke. Pendant un temps, ils partagent un atelier dans une mansarde d’où ils observent les allées et venues des pêcheurs sur le quai, dans les docks et dans le chenal du port.
En 1910, la relation amicale de Spilliaert avec le physicien et ingénieur Robert-Bénédict Goldschmidt lui inspire également quelques œuvres importantes : des pièces de plus grand format en technique mixte représentant le dirigeable Belgique II ou encore le hangar de Goldschmidt à Auderghem. Véritable mécène pour Léon Spilliaert, Goldschmidt a acquis pas moins d’une dizaine d’œuvres de l’artiste. Spilliaert est membre de plusieurs cercles artistiques. Il fait partie notamment du groupe Les Indépendants. Comme James Ensor et Constant Permeke, il intègre le groupe Kunst van Heden créé par François Franck. En 1912, Spilliaert expose des paysages, des intérieurs et des natures mortes avec le cercle Le Sillon et participe au salon Doe stil voort. En fin d’année, le galeriste bruxellois Georges Giroux organise une exposition intitulée Les Bleus de la G.G.G. à laquelle Spilliaert expose une vingtaine d’œuvres. La même année, il réalise l’illustration de couverture pour un numéro du journal d’opinion Pourquoi Pas ? représentant le portrait du bourgmestre ostendais Liebaert.
L’acteur principal dans l’art de Spilliaert avant la Première Guerre Mondiale, c’est la nuit, même lorsque la scène se passe de jour. La vie humaine est soit absente, soit réduite à des silhouettes vacillantes absorbées dans le brouillard ou prostrées dans le vent du nord, scènes à la limite de l’abstraction. Un des peintres qui a le plus inspiré Spilliaert est, sans aucun doute, William Degouve de Nuncques qui partage avec lui une passion pour les ambiances nocturnes. Après la Première Guerre mondiale, son art se transforme et s’affadit. Alors qu’il écrit à Ensor qu’il ne se marierait jamais, il fait la connaissance de Rachel Vergison. A partir de cette rencontre, sa palette s’éclaire et ses paysages d’Ostende perdent l’intérêt du public. Un mois avant le mariage, l’artiste apprend la mort de l’un de ses amis les plus proches : le 27 novembre 1916, Émile Verhaeren meurt dans un accident ferroviaire. Pour fuir les désagréments de la guerre, Spilliaert tente d’atteindre la Suisse avec sa femme, mais leurs efforts échouent et le couple s’installe à Bruxelles en mars 1917. Sa fille Madeleine naît le 15 novembre de la même année. Elle occupe une place centrale dans la vie affective de Spilliaert.
En août 1920, Paul-Gustave Van Hecke et André De Ridder fondent le groupe Sélection à Bruxelles. Le groupe défend avec ferveur les peintres tels que Léon Spilliaert, Fritz Van den Berghe, James Ensor, Gustave De Smet et Constant Permeke. Sélection édite également une revue du même nom à laquelle collaborent Guillaume Apollinaire et Tristan Tzara. Pour le numéro d’octobre 1920, Spilliaert conçoit la couverture et réalise par la suite plusieurs illustrations éparses. Spilliaert fait également partie du groupe rattaché à la galerie Le Centaure, fondée en 1921 par Walter Schwarzenberg et défendant exclusivement un art aux antipodes de celui qui est visible aux salons officiels. En mai 1922, il revient s’installer à Ostende avec sa famille.
Tout au long de sa carrière, Spilliaert reçoit le soutien de différents mécènes tels que Madame Storck ou encore l’éditeur-poète Henri Vandeputte. Ce dernier décide de vendre les œuvres de Spilliaert à ses amis français. Sa maison de Saint-Jacques-les-Moulières dans le sud de la France en est d’ailleurs remplie. Par ailleurs, en tant que directeur artistique du Kursaal d’Ostende (de 1925 à 1931), Vandeputte propose régulièrement à Spilliaert d’exposer. En mai 1932, Spilliaert reçoit une bourse de voyage de l’État et parcours l’Italie, la Suisse et l’Autriche avec sa femme et sa fille. Il réalise de nombreuses œuvres au cours de ce long voyage. En septembre 1935, Spilliaert et sa famille retournent pour la deuxième fois s’installer à Bruxelles. Madeleine peut ainsi continuer ses études au Conservatoire Royal de Musique. A partir de 1937, les Spilliaert passent régulièrement leurs vacances dans les Hautes Fagnes pour profiter de la campagne et des arbres. Spilliaert, comme d’autres artistes, adhère au groupe Les Compagnons de l’art fondé en 1937 par les frères Luc et Paul Haesaerts, tous deux fervents amateurs d’art. Parmi les compagnons figurent Jean Brusselmans, Hippolyte Daeye, Paul Delvaux, Gustave De Smet, Oscar Jespers, Constant Permeke, Edgard Tytgat, Fritz Van den Berghe et Gustave Van de Woestijne. Il se lie d’amitié avec l’artiste peintre symboliste Georges Baltus (son frère spirituel) et avec le peintre de marines André Lynen.
Pendant toute son activité picturale, Spilliaert n’utilisera jamais l’huile et la toile. Ses outils sont l’encre, le crayon de couleur ou le pastel, parfois l’aquarelle. Symboliste de la dernière génération, il touche parfois au surréalisme et ses mises en page surprenantes, si elles évoquent parfois l’art japonais, rappellent aussi souvent le cinéma expressionniste et ses noirs et blancs inquiétants. Ses toiles se caractérisent par une évidente mélancolie, empreinte de tristesse, à travers la représentation de larges espaces vides (plages et étendues maritimes), ou d’autoportraits jouant sur les ombres dans les crevasses du visage, un traitement de la lumière façon clair-obscur et une sorte d’irradiation. Léon Spilliaert passera la fin de sa carrière à représenter des arbres d’une façon presque obsessionnelle. Il meurt d’une crise cardiaque à Bruxelles en 1946, au terme d’une maladie qu’il traînait depuis une dizaine d’années. Il est enterré au cimetière de la Stuiverstraat à Ostende.
Je suis un mauvais interprète des rêves des autres, j’en ai trop moi-même (Lettre de Léon Spilliaert à Edmond Deman, 26 novembre 1907).
 
Références bibliographiques
Adriaens-Pannier, A., 2006. Spilliaert : Le regard de l’âme. Bruxelles : Ludion.
Art Nouveau et Jugendstil. Courants artistiques et littéraires de 1880 à 1920, 2012. https://bit.ly/32ByXkk, 28 février 2020.
Bieri Thomson, H., 2002. Léon Spilliaert : Vertiges et visions. Paris : Fondation Neumann, Gingins, Suisse et Somogy éditions d’art.
Hostyn, N., 2016. Léon Spilliaert : Paysages et arbres. Bruxelles : Lancz Gallery. [Catalogue d’exposition]