- Autoportrait aux lunettes
Autoportrait aux lunettes
Fusain sur papier
Cachet de l’atelier en bas à droite
Date au dos en haut à droite : 1920
1920
330 x 225 mm

Théo Van Rysselberghe

(Gand 1862 - Var (France) 1926)
  - Autoportrait aux lunettes
Autoportrait aux lunettes
Fusain sur papier
Cachet de l’atelier en bas à droite
Date au dos en haut à droite : 1920
1920
330 x 225 mm

Œuvres

Théo Van Rysselberghe - vue sur mer
Théo Van Rysselberghe - Femme au chapeau, étude pour réunion dans le jardin
Théo Van Rysselberghe - Le ruban écarlate
Théo Van Rysselberghe - Île de Groix

Biographie

Peintre et graveur, figure emblématique du pointillisme en Belgique, Théo Van Rysselberghe est né en 1862 à Gand. Cadet d’une fratrie de six enfants d’un entrepreneur gantois, il nourrit depuis toujours l’ambition de devenir peintre tandis que ses frères se destinent plutôt à une carrière d’ingénieur ou architecte.  Après ses études à l’Athénée et à l’Académie de Gand, auprès de Théodore Canneel, il s’installe à Bruxelles où il étudie une brève période à l’Académie dans la classe de Jean-François Portaels. Plus qu’un lieu d’apprentissage, l’Académie est un foyer où les jeunes talents se rencontrent ; il fait ainsi la connaissance de plusieurs des futurs Vingtistes dont Rodolphe Wytsman, Frantz Charlet, Dario de Regoyos et Willy Schlobach. A ses débuts, Van Rysselberghe réalise des toiles dans des tonalités sombres, où se ressent l’influence de la tradition romantique ou réaliste. Sa première exposition, à Gand en 1881, lui vaut une bourse de voyage octroyée par l’administration communale. Ses peintures ayant été acceptées aux Salons officiels de 1880 et 1883, Van Rysselberghe quitte définitivement l’Académie et se met à étudier par lui-même. Vers 1882, et en compagnie de Constantin Meunier, Charlet et de Regoyos, il visite l’Espagne et le Maroc. D’un second voyage au Maroc, pendant l’hiver 1883-1884, la lumière particulière d’Afrique du Nord l’impressionne et il réalise alors sa Fantasia Arabe. Cherchant à rendre l’atmosphère pittoresque locale, sa palette s’éclaircit.
En 1883, Van Rysselberghe se lie d’amitié avec le poète Émile Verhaeren et fonde, avec entre autres Jean Delvin, James Ensor, Guillaume Vogels et Octave Maus, le cercle des XX qui ambitionne d’accroître les échanges artistiques entre la Belgique et Paris.  Membre particulièrement dévoué et actif, s’enquérant souvent de nouveaux talents, il voyage beaucoup afin de visiter les ateliers des artistes. Ces visites aboutissent notamment aux invitations de Henri de Toulouse-Lautrec, Albert Dubois-Pillet, Vincent van Gogh, Paul Gauguin, Charles Fillinger et à l’introduction du pointillisme en Belgique. Il rencontre également James Abbott McNeill Whistler, dont l’influence se fait sentir dans ses portraits d’Octave Maus et de Marguerite Van Mons. Les marines de Van Rysselberghe de style impressionniste sont exposées en 1889 au Salon des XX. Elles furent unanimement louées pour leurs effets d’atmosphère scintillante. Les Chaloupes de pêche prenant le large montrent les capacités techniques de Van Rysselberghe et sa sensibilité à la lumière comme à la couleur. La composition, presque abstraite dans sa simplicité, est créée au moyen de coups de pinceau fluides et rapides. Le mélange nuancé des traits bleu lavande et de bleu enluminé de rose évoque, avec un minimum de moyens, l’excitation de naviguer à voiles sous les cieux venteux et changeants de la Mer du Nord. Hormis lors de la première exposition où il voyage au Maroc, Van Rysselberghe expose chaque année au salon du cercle des XX jusqu’à sa dissolution en 1893. Cette année-là, il fait la rencontre du critique Émile Verheyden avec qui il maintient une longue amitié.
En 1886, en compagnie d’Émile Verhaeren, Van Rysselberghe se rend à Paris et y découvre le néo-impressionnisme, plus spécialement l’œuvre de Georges Seurat qui expose Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte. Il se lie d’amitié avec Seurat et Paul Signac et est rapidement considéré comme faisant partie du groupe des néo-impressionnistes. Bien que réticent au départ devant cette nouvelle tendance, il devient dès 1888, après quelques timides essais, un fervent adepte et représentant du chromoluminarisme. Premier pointilliste en Belgique, il sera le seul à soumettre l’art du portrait aux lois du divisionnisme, réussissant le tour de force de rendre ses personnages avec souplesse et chaleur, ce qui manquait aux portraits de Seurat. A côté, il réalise aussi des paysages et des natures mortes. De 1890 à 1906, il expose régulièrement à Paris au Salon des Indépendants, fondé dès 1884 par Seurat, Signac et Cross à la suite de quoi il devint un membre actif de l’avant-garde parisienne. En 1898 il se fixe définitivement à Paris, où le rejoint bientôt Émile Verhaeren. Il continue aussi d’exposer régulièrement à Bruxelles aux salons de La Libre Esthétique, cercle qui avait pris la relève des XX. 
Dès 1900 cependant, sous l’influence sans doute de ses amis nabis, Maurice Denis, Édouard Vuillard et Pierre Bonnard, mais aussi du fauvisme, il prend ses distances vis-à-vis du mouvement néo-impressionniste. Les touches s’agrandissent et se fondent de plus en plus au sein de toiles où une plus grande attention est donnée à la forme et au volume. En 1903, il réalise une œuvre capitale Une lecture, qui réunit autour de Verhaeren quelques amis du peintre. Œuvre charnière au confluent de deux périodes – inspirée peut-être de l’Hommage à Cézanne peint par Maurice Denis en 1900 –, on y décèle l’abandon progressif d’un procédé trop méthodique pour une facture plus large, plus libre, mais restée fidèle à la peinture claire. Malgré cette évolution, il s’agit toujours d’une technique en accord avec le néo-impressionnisme : mélanges optiques par petites touches juxtaposées, prédilection pour l’acidité des tons purs, où se démarquent les violets, mauves et bleus, jusqu’alors soigneusement cassés. Néanmoins, vers 1906, il abandonne complètement la technique pointilliste à la faveur du tachisme qui apparaît avec son éveil au fauvisme.
Les œuvres des vingt dernières années – quelques nus, de nombreux portraits, des vues de Provence où il réside fréquemment et des marines de la Côte d’Azur – dénotent un retour vers un style plus académique. Comme le peintre le déclare lui-même, en réaction contre ce qu’il trouve d’un peu dépouillé, d’un peu grêle dans sa peinture pointilliste, il cherche plus de consistance, plus de force, plus de volume, sans négliger la recherche dans la couleur des jeux de lumière. Fortuné, car issu d’une famille de la grande bourgeoisie, il voyage énormément et expose un peu partout lors de ces mêmes voyages : Athènes, Constantinople, Bucarest, Budapest, Vienne, Berlin, Londres, Moscou, Saint-Pétersbourg, Dresde. Van Rysselberghe a aussi gravé une trentaine d’eaux-fortes et modelé quelques sculptures, notamment un Buste d’André Gide. On lui doit aussi d’admirables dessins qui évoquent tout autant l’art d’un Seurat que celui d’un Xavier Mellery. Avec Henry Van de Velde, il participe au renouveau des arts décoratifs en Belgique, créant des projets de mobilier, de bijoux, d’affiches et d’ornements typographiques. Il peint, sur commande des architectes, de nombreux panneaux décoratifs de grande dimension. On retiendra également ses illustrations et ses décors calligraphiques, notamment pour les poèmes d’Émile Verhaeren. Il est aussi élu membre associé de l’Académie royale de Belgique. Théo Van Rysselberghe décède le 1 décembre 1926 à l’âge de 64 ans.

Références bibliographiques
Eeckhout, P., 1995. Le dictionnaire des peintres belges du XIVe siècle à nos jours depuis les premiers maîtres des anciens Pays-Bas méridionaux et de la Principauté de Liège jusqu’aux artistes contemporains, t. 2. Bruxelles : La Renaissance du Livre.
Piron, P., 2003. Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècle. Ohain : Art in Belgium.
Feltkamp, R., 2003. Théo Van Rysselberghe, 1862 - 1926. Bruxelles : Editions Racine.
Musée de Lodève, 2012. Théo Van Rysselberghe, l’instant sublimé. Ported-sur-Garonne : Editions midi-pyréennes.